Faut-il légiférer sur le port de la burqa en France ?

Publié le par Laurence Garnier

L'initiative prise jeudi dernier par le député communiste André Gérin, qui souhaite créer une commission d'enquête parlementaire sur le port de la burqa ou du niqab en France, suscite actuellement un débat important au sein de la classe politique française. Quelques remarques peuvent être faites sur ce sujet.

1°. Il apparaît tout d'abord que le débat sur le port de la burqa dépasse les clivages politiques traditionnels, ce qui est presque une bonne nouvelle à l'heure où gauche et droite semblent ne pas manquer une occasion d'afficher leurs désaccords.  Ainsi, la proposition de création d'une commission d'enquête parlementaire a été co-signée par 58 députés, toutes tendances politiques confondues.

2°. Même si beaucoup de députés n'ont pas souhaité co-signer cette proposition, la classe politique est très majoritairement hostile au port de ce voile intégral par les femmes dans notre pays. Le désaccord ne porte donc pas tant sur l'objectif à atteindre, que sur les moyens pour y parvenir.

La première question est donc plutôt de savoir s'il est pertinent de passer par une loi pour stopper le port de la burqa en France. Parmi les tenants d'une loi, on compte ceux qui considèrent que le voile intégral est le symbole de l'aliénation et de l'oppression de la femme. Fadela Amara en fait même «l'expression visible et physique des fondamentalistes et des intégristes dans notre pays». Au rang des opposants, on compte ceux qui, comme Cécile Dufflot (Verts), craignent  que les femmes concernées ne soient obligées de rester chez elle et ne soient encore plus isolées. Mais aussi ceux qui considèrent que la liberté de se vêtir selon ses souhaits est absolument fondamentale.

Ce dernier argument déplace à nouveau la question sur le problème de la liberté des femmes qui choisissent de porter un voile intégral. Font-elles ce choix de leur plein gré, ou y sont-elles contraintes par leur mari ou par leur communauté religieuse ? La réponse est probablement en demi-teinte : si certaines jeunes femmes font ce choix et affichent - pour certaines même revendiquent- ainsi leurs convictions salafistes, d'autres souffrent de ce voile qui les ensevelit de la tête aux pieds. Quelles réponses pertinentes une loi pourra-t-elle donner face à des situations opposées ? 

1°. dans le cas des femmes qui portent la burqa parce qu'elles y sont contraintes par leur mari, l'interdiction du port du voile pourrait les protéger et les libérer de cette obligation. La crainte de les voir s'enfermer chez elle est probablement fondée, mais dans la mesure où ces femmes sont déjà isolées et ne sortent que par nécessité, l'interdiction ne peut-elle pas, au moins, ne rien changer à leur quotidien, et au mieux, les libérer de cette contrainte qu'on leur impose ?

2°. dans le cas des femmes qui portent la burqa par choix, comme une revendication de leur foi salafiste (qui peut parfois tendre à une certaine forme de provocation), l'interdiction de la burqa dans la rue aurait probablement le mérite de freiner cette pratique dans notre pays.

3°. enfin, dans le cas des femmes - et des hommes -, musulmans ou laïques, qui considèrent que le port du voile intégral est une liberté comme une autre, il convient peut-être de rappeler :

- que le port de la burqa n'est pas prescrit par Mahomet, et que son éventuelle interdiction ne porte donc pas atteinte à la liberté religieuse ;

- que LA Liberté n'est pas nécessairement compatible avec l'octroi de toutes LES libertés. Il n'est ainsi pas possible en France de se promener nu dans les rues du pays, et cette interdication n'est pas perçue comme contraire à notre liberté. Considéré comme un délit, cet acte est qualifié d' "atteinte à la pudeur". Ne serait-il pas possible d'imaginer, dans notre société, un délit comparable d'atteinte à la dignité de la femme, pour qualifier le port d'un voile intégral ?

Dans cet équilibre délicat à tenir, il sera en tous cas fondamental que la France réaffirme ses convictions en matière de droit des femmes et d'égalité des genres, qui font la spécificité de la civilisation occidentale, et européenne en particulier.

Publié dans Actualité nationale

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