Allongement du congé maternité : le débat

Publié le par Laurence Garnier

Pied-bebe.jpgMercredi dernier 20 octobre, les députés européens ont voté un allongement du congé de maternité à 20 semaines, au lieu des 14 semaines applicables jusque-là au niveau de la réglementation européenne.

 

La législation française permet actuellement aux jeunes mamans de s'absenter pendant une durée de 16 semaines. Au regard de la législation actuelle appliquée chez nos voisins, la durée du congé de maternité français apparaît comme l'une des plus faibles d'Europe. En-dehors de l'Allemagne (14 semaines), de la Belgique et de la Slovénie (15 semaines), les pays d'Europe offrent souvent aux jeunes mères une période supérieure à 20 semaines de congé : c'est le cas notamment en Pologne, en Italie ou en Estonie (20 semaines). L'Angleterre atteint même un total de 26 semaines de congés, la Slovaquie et la République Tchèque atteignant 28 semaines. La Suède propose quant à elle une durée prè-natale de 8 semaines, suivie d'un congé parental de 75 semaines, qui peut être partagé entre le père et la mère.

 

C'est dire si la France est concernée par ce vote des eurodéputés, qui marque un pas important par rapport à la législation en vigueur dans notre pays. Pourtant cette durée de 20 semaines, qui consisterait "simplement" à aligner la France sur bon nombre de ses voisins européens, fait débat au sein de notre pays, et transcende les clivages politiques.

Nadine Morano s'est ainsi prononcée contre cette mesure, alors que la députée UMP Edwige Antier l'appelle de ses voeux. En mars 2010, une députée PS avait même fait une proposition de loi à l'Assemblée Nationale en faveur du passage à 20 semaines du congé de maternité.

 

Pour tenter d'y voir plus clair, je vous propose une revue des arguments "pour" et "contre" l'allongement de ce congé :

 

Les "CONTRE" considèrent :

=> qu'une durée plus longue risquerait de couper encore davantage les femmes du marché du travail ;

=> qu'il faudrait explorer davantage les pistes d'un partage de congé entre le père et la mère.

 

Les "POUR" considèrent au contraire qu'un allongement à 20 semaines :

 

=> prendrait en compte la fatigue des femmes liée à la grossesse, à la niassance et aux premières semaines de vie ;

=> favoriserait un allaitement prolongé de l'enfant ;

=> développerait la relation mère-enfant ;

=> ne couperait pas les femmes du marché du travail et pourrait même diminuer le nombre de congés parentaux faisant suite au congé de maternité.

 

Rappelons qu'en France, le congé de maternité, certes bref, peut être suivi d'une période de congé parental d'un an, renouvelable deux fois jusqu'au troisième anniversaire de l'enfant. Reste que toutes les femmes n'ont pas la possibilité de bénéficier de ce congé. Un allongement de la durée du congé permettrait donc à TOUTES les femmes de bénéficier de 4 semaines supplémentaires avec leur nouveau-né.

 

Je voudrais conclure sur les propos d'Elisabeth Badinter, pourtant peu suspecte de vouloir favoriser le maintien des mères dans leur foyer, et qui dans son dernier ouvrage "Le conflit - La femme, la mère" se déclare favorable à un congé de maternité d'une durée de 6 mois. Voici ces propos :

 

«De nombreuses femmes aimeraient bien rester plus longtemps auprès de leur bébé. Elles devraient avoir le choix de pouvoir prendre un congé de six mois si elles le désirent. Qu'elles allaitent ou non. Les femmes sont fatiguées après l'accouchement. C'est un grand chambardement. Six mois, cela représente une étape pour la mère et l'enfant. Laisser leur nouveau-né à la crèche avant ce délai est souvent un crève-cœur. Avec un congé allongé, les femmes reprendraient le travail avec moins de culpabilité. Elles sont déjà nombreuses à allonger leur absence avec des certificats médicaux. Cette mesure pourrait même réduire le nombre de congés parentaux. Il ne s'agit pas de s'absenter pour suivre la préconisation très culpabilisante de l'OMS d'un allaitement maternel de six mois. La politique familiale française a toujours été généreuse. Grâce à elle, nous affichons un taux de fécondité élevé. Si on veut que les femmes continuent à faire des enfants, réfléchissons à cet allongement. Ces six mois de congés devraient en outre être pris en compte dans le calcul des retraites. Les enfants sont une richesse pour notre pays.»

 

 

Publié dans Actualité nationale

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