Troubles alimentaires : une crise de société ?

Publié le par Laurence Garnier

La députée UMP Valérie Boyer a déposé récemment à l'Assemblée Nationale une proposition de loi afin que toutes les photos retouchées, qu'elles soient à visée commerciale ou simplement publiées dans la presse, portent la mention : "Photographie retouchée afin de modifier l'apparence corporelle d'une personne". Le texte de la proposition de loi prévoit également des sanctions en cas de non-respect de cette règle, pouvant varier de 37500 euros, à 50% des dépenses consacrées à la publicité mise en cause.

C'est finalement une question de santé publique qui est en jeu dans cette proposition de loi, Valérie Boyer entendant ainsi lutter contre l'image iréelle donnée du corps de la femme, pouvant déboucher sur des complexes importants pour les lectrices de magasines féminis, et faire basculer les adolescentes dans les souffrances de l'anorexie. Rappelons qu'en France, cette maladie, qui touche les femmes dans plus de 90% des cas, se déclare le plus souvent entre 12 et 20 ans et concerne environ 1% des adolescentes, soit près de 50000 jeunes filles.

Parallèlement à l'augmentation du nombre de personnes victimes d'anorexie, le nombre de personnes obèses ou en surpoids continue d'augmenter en France. Près de 40% des Français sont en surpoids, et environ 12% seraient obèses. Le nombre de personnes obèses a ainsi doublé au cours des 15 dernières années.

Alors que l'anorexie refuse de satisfaire le besoin le plus élémentaire du corps humain, celui de se nourrir, reflet d'une société de surabondance où l'on s'inflige les souffrances d'une famine délibérée, l'épidémie d'obésité en France traduit l'absence de limites dans la satisfaction de nos désirs, dans un monde où tout nous encourage à consommer, avaler, engloutir, jusqu'à n'en plus pouvoir.

Le rapport des Français à la nourriture exprime de plus en plus une perte de sens, une recherche désespérée de la maigreur et de la "perfection" affichée par les mannequins, ou au contraire un abandon complet de sa propre personne, un certain mépris de ce qu'elle représente, le refus de la noblesse et de la grandeur de toute personne humaine. Redonner du sens à nos pratiques alimentaires est aujourd'hui urgent pour la santé de chacun d'entre nous, et pour celle de notre société.

Publié dans Société

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